
A Literary Journal of Critical Thinking
In the Samizdat Tradition of Writing against
the Machine
A Forum for Examining the Dark Side of the
Academic/Literary Industrial Complex
Mathieu Sévigny
Decembre 2002
Monsieur Slone,
je tiens simplement à vous remercier pour votre article Carcasses Ubiquistes, qui m'a permis de constater que je ne suis pas seul au Québec à me buter au "marché de la poésie", cette grotesque industrie cliquaire de mots baillonés par un groupuscule d'individus en total contrôle de ce qui est "beau et bon à entendre" et ce qui doit "fermer sa gueule".
Même si je suis un jeune poète qui n'a pas encore connu de grandes déceptions ou de violents refus, je suis doté d'une certaine lucidité qui me permet de comprendre d'or et déjà que si je veux persister à écrire puis à proposer mes créations aux éditeurs, j'ai pas finit de me faire chier.
Je suis comme je suis, avec les mots que j'écris, comme bien des poètes. Je n'ai aucune formation en littérature. J'ai fait parti de quelques ateliers de créations, où j'ai pu confronter ma poésie aux crachats et/ou aux louanges de mes pairs. Je fait plutôt cavalier seul avec mes vers. Je suis tout à fait conscient que ma poésie peut paraître agressive ou même vulgaire, ce qui ne semble pas plaire aux membres certifiés des cliques de Trois-Rivières et de Montréal. Pour ce que j'ai pu en voir!
J'ai soummis au printemps 2002 quatre textes à la revue Exit, une des vicieuses tentacules de la clique. Quatre mois plus tard, j'ai reçu une belle lettre signée de madame Brassard elle-même, m'annonçant évidemment que mes poèmes avaient été refusé par le Comité de lecture. Ça me va! Je m'en doutais, ces poèmes n'étaient pas mes meilleurs. Ce qui me dérange, c'est de me faire dire par Mme Brassard et ses copains, et je cite: "La poésie de type urbain, si elle n'est pas en soi inintéressante, a souvent le défaut de ses qualités: tablant sur l'audace et la spontaneité du propos, et donc souvent sur une certaine révolte, elle devient souvent ou criarde ou hargneuse. À notre avis, vous n'évitez pas toujours ces pièges qui malheureusement ont pour effet de réduire substantiellement l'effet poétique d'images par ailleurs belles et sensibles." Alors expliquez-moi quelqu'un!
Suis-je naïf? N'est-ce pas justement ça un poète? Un individu qui table sur l'audace des mots et la spontaneité du propos afin de se révolter, quitte à devenir criard ou hargneux. Merde!
Bien sûr, il ne s'agit que d'un refus, d'un opinion. Mais j'ai peur d'être d'avance brûlé auprès de ceux qui contrôle les mots au Québec. Catégorisé comme vous le dites si bien de "poète maudit" parce que "en marge" de ce qu'on veut entendre.
Ce n'est pas que je baisse les bras rapidement, ou que je sombre dans le désespoir de ne jamais voir mes poèmes publiés. C'est seulement que suite à l'expérience Exit, de mes rencontres avec quelques membres de cliques, je constate avec désarroi qu'il ne sera pas facile pour moi, vu mon "style", d'être publié au Québec. La plupart des éditeurs et les revues littéraires semblent avoir établi un consensus, un front commun envers un certain genre de créations.
Je regrette les années 60-70, que j'ai eu connu, où poésie signifiait liberté. Liberté de dire, liberté de crier s'il le faut, liberté de créer. À l'époque où les gens étaient trop ivres de mots pour s'emparer avilement de la création poétique afin d'en faire une business. Occasion de faire de l'argent (si minime soit-elle) signifie prise de contrôle par une poignée d'arrivistes plogués et établissment de paramètres rigides, à l'extérieur desquels rien de ce qui se fait n'est pris en considération. L'époque où Vanier pouvait écrire les mots plottes, culs et tabarnaks si ça se prêtait dans un même poème sans se faire censurer, où Raoul Duguay se faisait applaudir parcequ'il criait liberté dans un ammoncellement incompréhensible de syllables, où Gauvreau avait même pu trouver l'espace pour créer un langage.
Je suis un poète, ce n'est pas une vie, c'est une façon de vivre. La route sera longue et dure, je le comprend déjà du haut de mes vingt-cinq ans. Je n'ai pas le goût de faire la pute et ainsi laisser les autres tripotter vicieusement mes mots, les transformer à leur goût. Je serais, ou je serais rien.
Pour terminer je partage avec vous un de mes poèmes, un de ceux qu'Exit m'avait refusé. Il est pour moi une critique justement du milieu littéraire dans lequel je suis appelé à être confronté à.
Merci d'avoir pris le temps de me lire.
Merci pour votre article qui dit les choses tels que vécu, en toute authenticité.
PRÉCAUTIONS
Faut avoir
la naïveté de se chier dans les mains
pour provoquer la beauté.
Faut avoir
l'audace de s'arracher les ailes en plein vol
pour apprivoiser la chute.
Faut avoir
la cruauté de brûler ses propres mots
pour leur épargner
le crachat des porcs.
Solidairement!!!
MAthieu (neverboy@hotmail.com)
12/10
Mathieu,
Merci enormement pour ton courriel. En fait, je suis a Concord dans le Massachusetts. Steak Hache sur Montreal est assez ouvert pour la poesie. C'est le seul journal au Quebec qui veut bien publier mes poemes critiques. Envoie tes poemes la bas. Si t'as besoin de l'adresse, dis-le-moi. Ben, Le Quebecois aussi. A propos, as-tu lu mon journal du Festi de 3-Rivieres? C'est d'une 30aine de pages en francais sur mon site Web. www.geocities.com/enmarge
Quele belle phrase pour debuter ton courriel. Je vais te citer dans THE AMERICAN DISSIDENT, journal que je publie : « … qui m'a permis de constater que je ne suis pas seul au Québec à me buter au "marché de la poésie", cette grotesque industrie cliquaire de mots baillonés par un groupuscule d'individus en total contrôle de ce qui est "beau et bon à entendre" et ce qui doit "fermer sa gueule".
J'ai connu Brassard (Exit) au Festi a 3-Rivieres. Elle m'a felicite pour la lecture que j'ai donne tres critique du Festi. Puis elle a change tout a fait d'avis une fois qu'elle s'est apercu que je suis monte au Numero 1 sur la liste de Gaston Bellemare des INDESIRABLES. Elle n'a pas d'echine comme on dit chez nous. Quelle conne! Elle t'a ecrit cela? Mais en fait ca ne m'etonne aucunement. Sa lecture et je l'ai entendue au Festi etait d'une banalite inouie… ou plutot trop ouie, si je peux dire. « Alors expliquez-moi quelqu'un! » Il n'y a rien a expliquer. J'ai beau tente de faire publier une lettre tres critique et ouverte a Bellemare au Devoir, La Presse, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Soleil, Le Mouton Noir et Le Couac. Dommage, la presse chez vous, c'est aussi crapuleux que chez nous. Mais il faut continuer a lutter tout de meme. Il faut exposer les fraudes de la poesie. « Suis-je naïf? N'est-ce pas justement ça un poète? Un individu qui table sur l'audace des mots et la spontaneité du propos afin de se révolter, quitte à devenir criard ou hargneux. Merde! » Tu as entierement raison! Qu'est-ce qu'ils arrivent a pervertir la poesie et le poete… surtout la clique trifluvienne… y compris Yves Boisvert et Guy Marchand et Rejean Bonenfant. Eux etait present dans l'audience au Zenob quand on m'a coupe le micro et eux n'ont rien dit… tas de laches! J'aimais Boisvert ce qu'il a ecrit, pas tout, mais des morceaux. Maintenant je vois qui c'est et il ne m'interesse pas du tout. Il n'ose pas critique les cons qui le paient.
Moi j'ai connu les annees 60-70 comme hippie. Mais je comprends aujourd'hui combien la plupart de mes freres et soeurs hippies etaient des fraudes car c'est eux qui controlent aujourd'hui la litterature et tout. C'est encore pire au Quebec je pense car nettement plus restreint et petit le cercle poesie. Imagine-toi que j'ai envoye mon manuscript de 100 poemes tres critiques a 55 editeurs quebecois… seul un editeur a repondu avec interet... puis il devait fermer boutique.
Le grand interet pour moi au Festi c'etait voir combien les jeunes de ton age aimait bien ce que j'avais a dire alors que les vieux poetes me detestaient carrement. Moi, j'ai 54 berges passees, mais toujours jeune et tres rebelle dans la tete. Evidemment, je vois que tu es un gars intelligent qui voit clair. Comment as-tu evite les forces archipuissantes de l'endoctrinement, ces memes forces qui ont si facilement domptees Brassard? Bon poeme! J'essaie de faire quelque chose de nouveau dans la poesie et avec mon journal. Je cherche des poemes qui risquent quelque chose de la part de la poete, soit son job, soit d'embeter les poetes ou les editeurs, etc. Par exemple, j'ai ecrit des poemes expres pour le Festi quand on m'a invite l'annee derniere… des poemes tres critiques de verite crue du festi… comme ca j'ai risque de faire chier les autres poetes, y compris Brassard, les organisateurs et les futurs cachets car on paie bien au Festi 3-Riv… 800$ pour les 10 jours plus l'hotel! Evidemmen Bellemare ne m'invitera plus. C'est ca le risque. Trop de poetes ne risquent rien aujourd'hui, sont trop a l'aise, pas du tout en marge… c'est eux qui detruisent la poesie comme force, la domptent pour les hommes d'affaires et le public BCBG. C'est eux qui doivent passer par la guillotine comme de sales lackeys de Robespierre.
En fait, t'as vu cet article ou? Ah, mon site web? Comment t'as trouve ce site?
G. Tod
PS : Envoie encore des textes. Je cherche plutot ce qui est concret, clair, negatif, critique, hargneux et si posible qui risque. T'as lu « Preface » de Leo Ferre? C'est un texte superbe sur l'etat de la poesie qui est toujours pertinent pour le Quebec et pour les USA.
M. Slone,
merci de votre réponse rapide. Quand je disais que j'avais lu votre article sur le Festival, je parlais justement de votre journal, Caracsses Ubiquistes. J'ai par la suite lu l'article en tant que tel (publié dans le Québécois libre je crois). J'ai découvert votre site tout simplement en tapant "Festival de poésie de TR" sur le site de recherche La Toile du Québec. J'ai parcouru un peu votre site, bien intéressant. Ce qui aurais pu se révéler comme du chiâlage insipide et gratuit, se dévoile être un serieux affront, critique, incorruptible et lucide, qui assume pleinement sa marginalité. Félicitations pour votre audace, surtout pour votre recherche sans prix de la vérité.
Je connais la revue Steak Haché. Par contre, je n'ai pas l'adresse. Je serais bien reconnaisant si vous pourriez me la faire parvenir. Au fait, qui dirige cette revue maintenant?
J'ai rencontré Boisvert à quelques reprises. Étant sans ressources, sans cercles littéraires, je lui avais demandé de lire quelques uns de mes poèmes, histoire d'avois un avis de poète. Autour d'une grosse bière, il a pris le temps de les arpenter, puis après m'avoir dit que j'avais du culot et me faire quelques critiques, il m'a suggérér de les faire parvenir à Exit, que c'est le genre de trucs que Brassard aimerait bien. L'expérience a prouvé le contraire. J'ai lu Boisvert, j'ai pas particulièrement aimé. Quant à Brassard, le peu que j'ai lu m'a terriblement ennuyé, dévasté par la banalité. Question; Bellemare a-t-il déjà écrit de la poésie ou se contente-t-il de régner en tyran sur le poésie remâché?
Je suis présentement à l'écriture d'un recueil qui tente de raconter mon cheminement comme poète. De l'écriture des premiers poèmes timides, isolé sans un café, l'époque où l'on a quasiment honte de dire que l'on écrit par peur d'avoir l'air prétentieux ou ridicule, jusqu'à l'affirmation d'une voix singulière où le poète assume ce qu'il est et sort sur la place publique quitte à se faire fusiller ou encenser. Pour l'instant je ne donne pas majoritairement dans la critique de la poésie (bien que je travaille sur un autre recueil intitulé Politiquement Abjecte), je suis encore dans "l'oeuvre au noir", à mes premières armes, à tenter de me retrouver. Une fois terminé, je tenterais de me faire publier, mais comme je vous disais j'ai bien peur d'être trop ... audacieux.
Je vais tout de même tenter aux Éditions les Intouchables, la seule maison d'éditions à prendre des risques, dirigé par Michel Brûlé qui s'est lui-même longtemps buté aux refus de l'industrie. La poésie est dirigé par Jean-François Poupart, la collection Les Poètes de Brousse, je crois que c'est peut-être encore la seule place où des voix comme la mienne risque d'être entendu. Avez-vous déjà entendu parler d'eux? Prennent-t-il vraiment des risques ou c'est un "front"?
Je crois que la plupart des hippies, pas seulement en poésie, se sont avilis et abruptisés. Se sont faites bouffer par le confort, le goût pour l'$$$. Heureusement, je vois qu'il en reste comme vous, que la société de consommation n'a pas perverti. Denière question, où puis-je me procurer The American Dissident au Québec. Peut-on le commander en librairie ou tabagie, ou faut-il être abonné?
Bien à vous
Mathieu.
12/11
Mathieu, (neverboy@hotmail.com)
Jack Drill (un quebecois francophone !) dirige Steak (Jack Drill, Le Chercheur des Trésors, 1339, est Ontario, Montréal, Québec H2L 1R8). C'est un gars tres sympa et tres ouvert. Le probleme avec Boisvert, Brassard, Bonenfant, Marchamp et toute la cliquaille de T-R c'est qu'ils sont payes pour garder la gueule bien fermee vis a vis de la magouille, des retombees economiques et de tout ce qui pervertit la poesie et les poetes… et ils la gardent bien fermee ! Dans ce sens, ce sont des vendus. Et les vendus en principe ne l'avouent jamais ! J'en ai ecrit une 20aine de poemes tires d'une correspondance que j'ai maintenue avec Rejean Bonenfant (de la clique TR). Il s'est fache contre moi et a termine l'echange. « Quant à Brassard, le peu que j'ai lu m'a terriblement ennuyé, dévasté par la banalité. » Precisement et tres bien dit ! Je vois bien que tu as l'œil tres critique… que tu vois clair… et ca c'est tellement rafraichissant ! C'est signe d'un bon poete. Un poete ne doit ni se plier a n'importe qui ni a n'importe quoi. « Question; Bellemare a-t-il déjà écrit de la poésie ou se contente-t-il de régner en tyran sur le poésie remâché? » Tiens, voici ce qu'il dit lui-meme sur lui-meme : « Gaston Bellemare n'écrit qu'une seule chose, et c'est des demandes de subventions ! » Drole, n'est-ce pas ?
Les Intouchable ne publie plus de poesie. Brule gagne pas mal de piasses surtout grace au Livre noir du Canada anglais et a celui des USA. Les Intouch allait me publier. Quelle guigne ! Poupart m'a dit qu'il va me publier tout de meme, bien que separement des Intouch… mais quand c'est la question. Je fais mention des Intouch dans Carcasses ubiquistes. A propos, j'ai ete forme par la corruption temoignee en tant que prof dans une fac publique (state college). A l'egard du American Dissident, c'est quasiment impossible de le stocker dans les bibliotheques et librairies. Envoye-moi un cheque de $10 Can. et je t'enverrai le numero qui est sorti la semaine derniere. (Ne te sens oblige. Que notre correspondance coule avec ou sans.) Normalement ca coute $7 Amerlo. Evidemment et au contraire d'EXIT, je ne recois aucunes subsides. En fait, je cherche a publier des poemes ecrits en francais. J'en publie deja en espagnol ecrits par des chicanos. Dans ce numero il n'y a que mon poeme de 2 pages tres critiques du Festival de TR en francais, celui que j'ai lu devant Bellemare lui-meme au Zenob. Evidemment, il n'a pas pantout apprecie. Et cela a pris une certaine mesure de courage si j'ose dire… car lui payait les frais de l'hotel et mon cachet. Je me suis botte dans le cul pour me forcer de le lire. Et comme je t'ai dit les poetes de ton age appreciaient pas mal alors que les autres pas pantout. Je pense qu'il y avait un brin de jalousie chez les vieux poetes invites presents. En fait, j'en suis certain. Car eux n'osaient pas. Eux ne voulaient que revenir comme invites payes annee apres annee, comme guidounes versificateurs au service de la bourgeoisie trifluvienne. Pour cette derniere, la poesie n'est qu'un gimmick pour brasser les affaires. J'ai deja mis de petites affiches sur Montreal pour faire savoir que je recherchais des poemes en francais… mais sans aucun succes… personne ne m'a contacte. Imagine quand-meme que Bellemare recoit une subvention de $600.000 Can. chaque annee pour le grand spectacle de 10 jours ! C'est inoui… meme ici aux USA. Malheureusement, l'argent determine la poesie. L'argent determine tout, y compris quels poetes seront 'laureatises', quels poetes auront l'occasion de lire des textes dans les diverses tribunes publiques, quel type de poemes sera favorise, quels revues de poesie seront publiees et stockees dans les magasins, etc. Oui, la poesie d'aujourd'hui n'est devenue qu'une simple commodite comme n'importe quelle autre dans notre triste societe de consommation. La poesie qui denonce cet etat des choses sera ineluctablement une poesie maudite et proscrite. Tout de meme, il faut absolument l'ecrire… meme au risque de ne pas pouvoir reussir a la disseminer ou a interesser aux poetes vendus et a la populasse en general…
Au plaisir,
G. Tod
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