The American Dissident
A Literary Journal of Critical Thinking
In the Samizdat Tradition of Writing against the Machine
A Forum for Examining the Dark Side of the Academic/Literary Industrial Complex


Yves Boisvert, Poète de la clique trifluvienne de la gang Gaston Bellemare
Au début, j’ai aimé certains textes de Boisvert du fait de leur aspect critique.  Puis je me suis rendu compte que c’était une critique facile qui ne risquait rien du tout de la part du poète lui-même.  Je me suis également rendu compte que Boisvert est soutenu par les subventions de l’Etat.  Puis il manque le courage de critiquer les mandarins littéraires qui lui donnent à manger.  Il est le contraire de Pierre Falardeau qui, quoique nourri également par l’Etat, ose critiquer cette grosse main qui lui donne à bouffer.  Les Falardeau dans les arts et la littérature sont très, très rare au Québec, ainsi qu’Etats-Unis.  Pour que les arts et la littérature soient vraiment libres, il faut qu’ils soient libérés de toutes contraintes subtilement fixées par les oligarques et leurs chiens mandarins des arts et de la littérature.  Voici un texte que j'ai écrit sur une rencontre avec Boisvert au Festival International de la Poésie de Trois-Rivières.

 

L’Audace de douter

…mais comment voulez-vous échapper aux idoles qui nous proposent le pain tranché des râteliers ?
            —Pierre Perrault, « les cendres de la naissance »

 

Que c’est curieux de voir tout d’un coup le poète que tu lis

depuis cinq années

en chair et en os, la taille plus petite qu’imaginée,

la gueule tout de même ridée l’air vécu, et gris les cheveux

à cinquante et une berges passées !

« Les artistes ne sont pas sur terre pour apporter la paix » 

a-t-il écrit « mais l’inflammation, la fièvre et la turbulence… »

Toutefois le voilà poète préposé d’un atelier de vieilles femmes

et lui ne voulant surtout pas de ta présence en toute évidence

Ben oui, les poètes doivent gagner leurs sous quand-même

mais par curiosité tu te demandes, qu’est-ce qu’il leur apprend :

dissidence, lutte et vérité ou fleurs, sourires et fidélité ?

Le laissant tranquille dans son douteux boulot, tu ne le saurais jamais.

Puis un ou deux jours après, comme inconnu invité, tu lis

à côté de lui des textes composés

pour honorer poètes en taule pour délit de parole.

Comme prévu, il manifeste tout de même une certaine présence 

ou est-ce plutôt assurance

après tant d’années de la bonne pratique pragmatique

vis à vis des mandarins lettrés cravatés ?

Toujours à la recherche désespérée de trouver un peu de bien

chez les êtres poètes et écrivains, toi, parfois fatigué de dénoncer,

tu flattes pour une fois en lui rendant hommage bien qu’aveugle 

car tu ne le connais que par ses vers qui lâchent de temps en temps

des étincelles inattendues, vu l’état de la poésie contemporaine. 

Content est-il de l’hommage rendu, te file un clin d’œil,

te dédie l’un des siens, puis c’est la joute amicale poème pour poème.

« Doute du ciel, doute pas de moi ! » te déclare-t-il,

la chose vedette montée un peu tout de même à la tête.

Puis à la dernière nuit du spectacle, tout d’un coup on t’enlève la liberté

car le maître du show indigné par le manque de courtoisie

sur scène que tu as manifesté

là où l’habitude dicte comportement soporifique automate.

Tu te diriges tout de suite vers celui qu’il ne faut pas en douter

pour lui demander ce qu’il en pense et pourquoi il n’a rien fait.

Mais remarquant bien qu’il s’en fout pas mal ou plutôt qu’il n’ose pas

rouspéter en faveur de liberté car forcément contre ceux qui le payent,

tu le critiques durement devant les siens et lui ne dit toujours rien

peut-être voyant bien la rage dans ta gueule pas mal fâchée.

 

Mais comment peut un poète se comporter si indifféremment

à la chose liberté ?  

 

Qui au juste est ce poète (et ses confrères également poètes vedettes),

sinon la somme totale d’applaudissements de groupies moutonnants,

et de vers lus, approuvés et publiés sous le joug de jeux de mots spirituels ?

Par-dessus tout, cependant, il est l’homme nu mis à l’épreuve d’agir seul

sans cette protège-coquille de coterie, n’est-ce pas ?

Mais comment voulez-vous échapper aux idoles qui nous proposent de rester bouche bée ?

 

Toi, poète inconnu, du moins tu as le culot de douter bien de lui et de tout

le show de la poésie.
 

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